lundi, juin 27, 2022

à Trouville, la covid n’est pas seule en cause dans la pénurie de saisonniers

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Le secteur touristique s’attend à une très belle saison estivale avec le déconfinement. Mais l’offre risque d’avoir du mal à répondre à la demande en raison du manque de main d’oeuvre, une main d’oeuvre qu’il est difficile de loger dans les lieux prisés par les vacanciers.

Voilà quelques semaines que le déconfinement a commencé en France et sa dernière phase est programmée à la fin du mois de juin, pile pour le début des grandes vacances et leurs flots de touristes. Avec la réouverture des terrasses et des établissements, les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie voient enfin le bout du tunnel.

Et les premières tendances sont encourageantes. « On a un phénomène post-covid où on a beaucaoup de touristes qui viennent, même les weekends, et je pense que cet été ça va être encore plus fréquenté que les années précédentes », se réjouit David Revert, adjoint au maire de Trouville en charge de l’attractivité. Une analyse globalement partagée par les acteurs du secteur touristique : avec le pass sanitaire, les Français passeront davantage leurs vacances en métropole qu’à l’étranger ou en outre-mer (un isolement de sept jours est obligatoire aux Antilles faute de vaccination complète).

Manque de bras pour la saison

Pour autant, la saison estivale s’annonce compliquée pour les professionnels, et particulièrement dans le secteur de la restauration et de l’hôtellerie. Il y a quelques semaines déjà, et ce avant même le début du déconfinement, l’Umih, la principale organisation syndicale, tirait la sonnette d’alarme : entre 100 000 et 140 000 personnes, soit 10% des employés du secteur, auraient changé de métier depuis le premier confinement. En clair, la restauration et l’hôtellerie vont manquer de bras pour tourner à plein régime. 

Dans les zones touristiques où l’activité est par définition saisonnière, ce contexte particulier s’ajoute à un problème de fond le manque de logement pour les saisonniers. « C’est une problématique récurrente chaque année, aussi bien dans les grandes villes que dans les stations balnéaires ou à la montagne », indique Philippe Chenaie, restaurateur et président de la toute jeune association des commerçants CAP Trouville-sur-Mer, « C’est particulièrement vrai à Deauville et Trouville parce beaucoup de logements aujoourd’hui sont loués en villa touristique pour des weekends ou des semaines, à des prix hors marché. Ça n’intéresse pas les propriétaires de louer un appartement à 200 ou 300€ par mois pour y loger un apprenti ou un saisonnier. »

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Pression immobilière

Et la célèbre plateforme Airbnb de revenir régulièrement dans les conversations. « On a une pression immobilière importante, même pour les personnes qui résident à l’année », reconnait David Revert, « Un logement pour un mois ou deux devient mission impossible parce que si vous prenez le ration revenu d’un saisonnire contre location saisonnière d’une personne qui a un bien à louer l’été, les deux ne s’y retrouvent pas. » Et ils ne sont pas les seuls à s’y retrouver.

« On doit trouver du saisonnier en local, des gens qui habitent ici et ça, on n’en a pas assez, quelques uns mais pas de quoi constituer une équipe complète », affirme Jean-Guy Bouvier, prorpiétaire du resturant Les bains à Trouville. « Pour pouvoir faire venir un saisonnier de l’extérieur, il faut pouvoir le loger. On doit leur proposer un boulot ET un logement. Autrement, ils ne viennent pas. » Et c’est tout l’équilibre de l’eentreprise qui est en périle. « On se retrouve avec une équipe au 3/4 : les plannings sont serrés ou alors on ferme quelques matinées pour soulager tout le monde. On ne peut pas faire une saison normale. »

« On perd toute crédibilité »

Il y a deux ans Jean-Guy Bouvier a décidé de prendre le problème à bras le corps. Le restaurateur a décidé d’acheter un appertement, un trois pièces situés dans le centre-ville de Deauville, à 10 minutes à pied de son établissement. « Je continuais l’aventure si j’achetais l’appartement. sinon, c’était impossible », raconte le chef d’entreprise, « Subir une saison tous les jours, c’est très compliqué, pur les patrons mais aussi pour les salariés. On ne peut pas les regarder correctement, on perd toute crédibilité. Ça ne me va pas. »

Chris est l’un des employés saisonniers du restaurateur trouvillais. L’an dernier, il a été l’un des premiers occupants de l’appartement. Arrivé le 9 juin dernier de Granville, il retrouve ses marques et constate plusieurs améliorations après des travaux de rafraichissement. « C’est le plan parfait. Si j’avais dû chercher, ça aurait été galère », souligne le cusinier, « Le logement ça aide à choisir. J’ai déjà fait des saisons dans des endroits où on nous met dans la petite de chambre de l’hotel au-dessus. C’est pas terrible. C’est vrai que quand on fait une saison on passe plus de temps au restaurant qu’à la maison. Mais on veut quand même avoir un endroit pour se détendre. » Chris, comme ses deux colocataire paye à son patron un loyer d’un peu plus de 200€ par mois.

Des parkings saturés

Cette solution est loin d’être la plus facile. « Il faut trouver les solutions financières pour cet achat », rappelle Jean-Guy Bouvier. Pour avoir des prix plus abordables, patrons et saisonniers doivent prendre un peu de distance. Se pose alors un autre problème, celui de la mobilité. « Aujourd’hui, il y a une saturation des parkings pendant les weekends et vacances et c’est un vrai souci pour les jeunes qui trouvent, éventuellement, des logements à 10 ou 15 kilomètres », explique Philippe Chenaie, le président de l’association Cap Trouville-sur-Mer, « Il faudrait organiser ds navettes. Mais le créneau horaire de chaque établissement est différent. Ou alors créer des parcs de vélos ou trottinettes en libre-service. Ce sont des sujets qui sont sur la table. »

Ces sujets, logement et mobilité, la jeune association de commerçants compte bien les aborder avec la municipalité dans les prochains mois, une municipalité qui semble avoir conscience du problème et propose depuis quelques semaines une solution inspirée de ce qui se fait dans certains villes étudiantes. « Durant la période covid, on a mis en place un programme intitulé Trouville solidarité. On s’est alors rendu compte qu’il y avait des espaces disponibles dans certaines maisons chez des personnes isolées », explique David Revert, adjoint au maire de Trouville, « On s’est dit : pourquoi pas ne pas mettre en relation d’un côté les saisonniers qui cherchent un logement à prix réduit en contrepartie d’aides aux propriétaires et de l’autre des personnes qui sont en manque de compagnie et qui recherchent un revenu complémentaire. »

Un serpent de mer

Une piste de solution parmi d’autres car pour l’instant, et malgré un effort de promotion de la municipalité sur les réseaux sociaux et dans la presse locale, ce système de colocation n’a permis de loger que trois saisonniers. La municipalité évoque une solution temporaire et vise un objetcif à plus long terme en communiquant largement autour de cette initiative. « Avec cette campagne, on essaye d’avoir suffisamment de résonnace pour pouvoir saisir les pouvoirs publics de façon à reprendre le projet de maison des saisonniers qui est un véritable besoin pour Trouville et les villes alentours. » Ce projet est un véritable serpent de mer, dans les cartons depuis de nombreuses années.

En 2017, le maire de l’époque Christian Cardon avait annoncé la création de 26 logement T1 meublés sur les hauteurs de Trouville, à Hennequeville, Cité-Jardin. Le projet s’inspirait de la structure mise en place par Calvados Habitat à Villers-sur-Mer. Comme l’indiquaient nos confrères de Ouest-France, le chantier devait débuter en 2018-2019 pour une livraison au plus tard en 2020. En 2021, le projet est toujours dans les cartons. « On travaille sur l’idée de flécher des budgets du 1% logement pour avoir la possibilité de construire un bâtiment dédié aux saisonniers et à proximité parce qu’il y aussi le problème de la mobilité », assure l’adjoint au maire en charge de l’attractivité. C’est désormais sur la commune voisine de Touques que pourrait voir le jour la maison des saisonniers.

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