dimanche, juin 26, 2022

Ceux qui ont voté voulaient « se rassurer » analyse un politologue bourguignon

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Jamais les habitants de Bourgogne-Franche-Comté n’ont autant boudé les urnes. A peine un tiers d’entre eux ont voté au 1er tour dimanche 20 juin. Ce scrutin démontre la solidité des majorités sortantes et la difficulté de voir apparaître de nouveaux élus. Comment interprêter ces résultats ?

La prime aux sortants a largement fonctionné en Bourgogne-Franche-Comté. Aucun des huit départements ne semble en situation de basculer. Cinq présidents de conseils départementaux ont d’ailleurs été réélus dès le premier tour dans leur canton. Deux autres ont franchi la barre des 50 % mais ont manqué l’élection au premier tour, faute de participation suffisante. Au niveau régional, la tendance est la même. Contredisant les sondages, Marie-Guite Dufay vire en tête et semble en position favorable pour conserver la région.

Cette prime aux sortants n’est pas une surprise pour l’Auxerrois Jean-Vincent Holeindre, professeur de Science politique à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas.

Comment analyser cette prime aux sortants ? 

Jean-Vincent Holeindre : Oui. C’est un phénomène frappant beaucoup plus qu’à la précédente élection où en 2015, on était dans une temporalité électorale différente. Ld’un électorat nombreux et plus enclin à sanctionner le pouvoir en place. La dimension nationale avait plus d’impact en 2015 qu’en 2021 où l’électorat, qui et beaucoup moins nombreux, s’est déplacé pour exprimer une demande de stabilité.

La prime au sortant,ce n’est pas le fait de dire que les sortants ont bien fait, que leur bilan est bon. C’est une manière de se rassurer pour un électorat qui est dans une situation complexe et tendue. La région et le département sont des organes qui rassurent. D’ailleurs le département c’est la compétence de la protection humaine, et puis la région, ce sont par exemple les transports. Ce sont des attributions très concrètes qui ont à voir avec le quotidien des Français. Les présidents de région et de département, les conseillers, ils font du bien aux Français là où le pouvoir politique national n’apparait pas toujours à la hauteur des attentes.

D’autres candidats ont-ils pû émerger ?

On vote pour des candidats que l’on connait. Ceux que l’on connaît, ce sont ceux qui par définition sont déjà en place parce qu’ils quadrillent le territoire. A l’inverse les candidats « challengers » sont des candidats que l’on ne connait pas. La campagne a été rendue difficile par le contexte actuel. Il n’y a pas eu de vrai meeting sauf en petit comité, pas de véritables rencontres. Au-delà de la prime au sortant qui rassure, on vote pour la personne qui nous dit quelque chose. Il semblerait en plus que l’électorat qui s’est déplacé est plutôt âgé. C’est un électorat qui va voter pour se rassurer. Les jeunes à l’inverse ne se sentent pas concernés par les enjeux. Cela amplifie l’effet sortant.

L’abstention massive a donc favorisé les sortants ?

C’est souvent le cas sur des élections locales. Les régionales comme les départementales cela relève du local. Par définition, ce sont des élections où l’on va privilégier les enjeux locaux et où, au-delà des logiques partisanes, on va privilégier les compétences des élus, leur bilan et leur action. Il est frappant d’observer que tous les présidents de régions sortants ont été plébiscités. C’est un élément important. Par exemple, Marie-Guite Dufay est en tête alors qu’elle ne l’était pas en 2015. Elle l’est aujourd’hui au détriment du rassemblement national et des Républicains.

C’est un élément important qui s’inscrit dans un contexte où la gauche n’a pas obtenu au niveau national de bons résultats. Cela montre bien que ce n’est pas le fait d’être de droite ou de gauche qui a été déterminant. Ce qui a été déterminant, c’est le fait d’apparaître comme la personne qui est en responsabilité et en mesure de poursuivre son action.

Tous les candidats aux régionales ont d’ailleurs tous fait de très bons scores dans leurs territoires …

Oui, c’est frappant. Par exemple, Julien Odoul est en tête dans l’Yonne. Il a un résultat dans l’Yonne qui correspond au résultat espéré à l’échelle de la région. Il a réussi dans l’Yonne ce qu’il n’a pas réussi à faire dans d’autres départements où il est moins connu. Par ailleurs les frictions au sein de la liste RN ont sans doute joué et lui ont fait perdre des voix.

Cette élection a donc véritablement joué en faveur des élus sortants ? 

Oui. Et c’est plutôt rassurant. Car ce que les instituts de sondage  ou les observateurs dont je fais partie craignaient, c’est une nationalisation exagérée du scrutin. Car encore une fois, les régionales et les départementales ne sont pas des élections nationales. Ce sont des élections concrètes qui portent sur des enjeux concrets. Si le choix des électeurs s’est fait sur la base de ces arguments concrets, c’est plutôt une bonne chose. Le seul problème, c’est que cela ne concerne qu’une partie de l’électorat. Seulement un tiers a jugé bon de participer à une élection perçue comme étant locale. En général, sur des élections nationales, il y a une participation deux fois plus importante. La baisse est vertigineuse. C’est quand même préoccupant. Espérons que ce ne soit que conjoncturel.

Concernant le second tour, on peut donc s’attendre à une stabilité plutôt qu’un renouvellement dans les assemblées ?

J’ai observé de près la situation de l’Yonne. On voit que le président du département, Patrick Gendraud est un de ceux qui a obtenu le meilleur score avec André Villiers, des scores de plus de 50% à relativiser avec l’abstention mais quand même. Ce sont des scores importants. Les soutiens à la majorité sortante ont obtenu de bons résultats dans l’ensemble sauf dans le canton de Tonnerre avec Cédric Clech. C’est le seul contre-exemple.

C’est le cas dans les autres départements et à l’échelle nationale. Ce qui est très frappant, c’est la très grande stabilité. On a  des vieux partis politiques que l’on disait morts comme Les républicains ou les socialistes. Ces partis sont aujourd’hui en difficulté sur le plan national mais en position de force au niveau régional et départemental. C’est quelque chose d’intéressant et qui va à l’encontre de ce qu’on avait envisagé. A l’inverse, le RN et LREM qui sont « les nouveaux partis » sont des partis en difficulté. C’est comme si cette élection n’avait servi de soupape que pour ceux qui défendent la nécessité d’avoir des partis bien implantés au niveau local. Les socialistes et Les Républicains le sont, au contraire de la République en marche et du Rassemblement national. Cette demande est une demande d’ancrage territorial.

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