mercredi, juin 29, 2022

Emmanuel Macron doit préciser ses engagements pour le bassin minier

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Emmanuel Macron doit se rendre dans les Hauts-de-France ce 2 février, et a prévu de passer par le bassin minier. En 2017, l’Etat avait signé un engagement de 10 ans pour le renouveau de ce territoire, mais les engagements financiers concrets se font attendre.

Emmanuel Macron et le bassin minier, c’est une relation qui n’a pas vraiment démarré du bon pied. En visite en janvier 2017, en tant que candidat LREM à la présidentielle, il s’était attiré l’inimitié des élus locaux en déclarant notamment : « l’alcoolisme et le tabagisme peu à peu installés dans le bassin minier ».  La forme agace, comme le jeu sur les clichés, mais le constat n’est pas complètement décentré. 

L’INSEE le constate encore en 2019. Le taux de pauvreté est à 22%, soit 4 points au-dessus de la moyenne régionale. « Outre les difficultés liées à l’emploi, la population doit faire face à un grand nombre de difficultés sociales : ruptures familiales, scolarités courtes, maternités précoces, état de santé, accès difficile à un logement de qualité et à bas coût, précarité énergétique » écrit l’institut statistique. Pour autant, le bassin minier est loin d’être un territoire figé, ou sans atout. 

La reconversion du bassin minier, les acteurs locaux y travaillent dès la crise du charbon, à la fin des années 1960. Le traitement des friches industrielles se met progressivement en marche et transforme le paysage. Le réseau des anciennes voies ferrées minières, 120km d’Estrée-Blanche à Condé-sur-l’Escaut, devient petit à petit un chemin de randonnée. Les étangs d’affaissement sont transformés en sanctuaires pour la faune et la flore, ou en bases de loisirs. A Nœux-les-Mines, le terril n°42 devient une piste de ski artificielle. Mais les souvenirs de la mine ne sont pas effacés, bien au contraire. 

En 2012, 4000 hectares du bassin minier sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco au titre de « paysage culturel évolutif vivant », et célébrés comme « l’œuvre conjuguée de l’homme et de la nature ». 353 éléments patrimoniaux sont distingués, dont les inévitables terrils et chevalements. « A leurs côtés, d’autres éléments tout aussi représentatifs ont été inscrits : des fosses d’extraction, des voies ferrées, des sièges de compagnies, des cités minières, ainsi que des équipements collectifs (églises, écoles, salles des fêtes, dispensaires…). Ces derniers témoignent de la prise en charge des mineurs et de leurs familles, par les compagnies, »du berceau à la tombe ». »

La même année, c’est l’inauguration du Louvre-Lens. En 2019, 530 000 visiteurs s’étaient déplacés pour le visiter, lui permettant de rester l’un des musées de province les plus visités de France. Le pari est réussi grâce à une véritable campagne d’implantation dans le territoire. « Le public du Louvre-Lens n’est pas le public habituel des musées. C’est un public moins diplômé, plus jeune, plus familial et qui se déclare pour plus de la moitié, peu ou pas familier des musées. (…) C’est une grande fierté » se félicitait Marie Lavandier, directrice du musée du Louvre-Lens.

En 2017, malgré la petite phrase qui passe mal, l’Etat signe « l’Engagement pour le Renouveau du Bassin Minier » (ERBM), un vaste plan sur 10 ans qui comprend aussi bien la réhabilitation – y compris énergétique – de l’habitat minier, la restructuration de l’espace public, organisé autour de la mine ou encore l’amélioration des mobilités. La santé, le tourisme, ou encore l’éducation font aussi partie du paquet.

Dans un point d’étape fait en 2019, la préfecture du Nord décompte 3 300 logements miniers réhabilités ou en voie de réhabilitation « avec un gain de pouvoir d’achat pour chacun de leurs locataires ». Des infrastructures de transports sont en chantier pour faciliter la mobilité, comme la modernisation de la ligne ferroviaire Lourches-Valenciennes.

Côté emploi, la préfecture estime que le dispositif « bassin urbain à dynamiser », une mesure d’allègement fiscal qui s’étend à 150 communes, a permis de créer plus de 500 emplois, notamment dans de jeunes entreprises. Au même titre que le Louvre-Lens, le bassin minier bénéficie également d’un contrat de destination touristique avec l’Etat, qui participe au rayonnement des sites. Car si le chantier est bien engagé, l’essentiel est d’amorcer le changement du regard porté sur le bassin minier. 

« L’ERBM se fait écho de travaux qu’on avait lancé dans le bassin minier du Pas-de-Calais, explique Sylvain Robert, président de la Communauté d’agglomération de Lens-Liévin (CALL). On souhaitait prendre en compte la problématique de l’habitat minier mais dans une globalité, dans un ensemble de vie. » Il le confirme, un certain nombre de chantiers sont déjà lancés aujourd’hui. 

« Les bailleurs ont engagé des fonds sur la restructuration des logements. L’agglomération les a accompagnés sur certaines thématiques – notamment celle de la précarité énergétique – et les communes, en fonction des projets, ont engagé des actions de traitement de l’espace public, ou sur des équipements publics. Il a fallu aussi gérer la question de l’assainissement de l’eau, qui ne se voit pas mais qui coûte très cher, et la gestion des déchets. Tout cela est identifié, mais tout n’a pas démarré, car cela va dépendre de l’ampleur de l’accompagnement financier de l’Etat », poursuit-il.

Sur le volet santé, par exemple, la reconstruction du Centre Hospitalier de Lens ne peut pas être envisagée sans une réponse à cette question simple : combien l’Etat va-t-il mettre de sa poche ? « Il y a aussi le sujet de la desserte TGV de notre territoire. Depuis le confinement, on a un public lillois mais aussi parisien, qui est intéressé de s’installer chez nous et qui recherche une qualité de vie. Ce serait aussi un bel accompagnement pour le Louvre-Lens. Une attractivité est née, et il faut l’accompagner. On a une complémentarité à jouer avec Lille et Paris. » défend Sylvain Robert, également maire de Lens.

Les 29 cités urbaines de l’agglomération ont déjà engagé quelque 126 millions d’euros. Mais si le projet n’a que des partisans, l’élu déplore un manque de visibilité concernant l’engagement financier du gouvernement, qui bloque certains projets d’ampleur. « Avec 10 millions ou 200 millions, on ne rêve pas de la même façon. On aimerait une règle claire, pour se positionner, par exemple tabler sur un pourcentage de financement. Il ne faut pas oublier que le projet ERBM existe aussi parce que nos communes ne sont pas les plus riches du territoire. Elles mettent au pot pour accompagner leur rénovation, mais elles ont besoin de comprendre les règles du jeu. »

Il ne manquera pas de s’en ouvrir à Emmanuel Macron, qui débutera sa visite dans les Hauts-de-France le 2 février, à Liévin. Après avoir rendu hommage aux mineurs morts dans la catastrophe de la fosse Saint-Amé, il doit s’entretenir avec Sylvain Robert et les autres acteurs locaux sur la poursuite des efforts en faveur du bassin minier.

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