samedi, mai 28, 2022

le silence remarqué d’Emmanuel Macron

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Le chef de l’Etat se rend ce mercredi après-midi dans une base militaire dans l’Est de la France. Alors que le contexte s’est tendu au Sahel, Emmanuel Macron n’a toujours pas apporté de clarification sur la stratégie de la France dans la région, en particulier au Mali. S’il y a des silences qui font beaucoup de bruit, c’est le cas de celui du chef de l’Etat, largement commenté par les chefs militaires qui scrutent le moindre mot, en public comme en privé, pour y déceler un signe. Celui d’un arbitrage attendu depuis plusieurs semaines maintenant sur la question du Mali
.

Toutes les lignes rouges franchies

Emmanuel Macron se rendra cette après-midi à Haguenau, dans le Haut-Rhin, sur le camp militaire d’Oberhoffen. C’est la première visite de l’année du chef de l’Etat sur une base de l’armée. Elle intervient dans un contexte très tendu au Mali où toutes les lignes rouges posées par la France ont été franchies : la présence des mercenaires
du groupe de sécurité privée russe Wagner, le report des élections et une junte au pouvoir qui multiplie les positions outrancières à l’égard de l’Hexagone.

Il faut bien reconnaître que la diplomatie française, qui a pourtant réussi à entraîner la diplomatie européenne, a échoué à faire plier Bamako. Au contraire, des manifestations vendredi dernier en soutien à la junte et contre les sanctions prises par la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) se sont parfois transformées en slogans anti-français. Dans ces conditions, la question du départ définitif de la force Barkhane se pose.

Un départ et plusieurs contraintes

Pour l’heure, Emmanuel Macron reste publiquement très discret. Un début de retrait est en cours puisque la moitié des soldats de la force Barkhane vont rentrer à Paris. La question qui est aujourd’hui ouvertement posée dans les couloirs de Balard, c’est celle du départ définitif du Mali. Cela pose trois contraintes. D’abord, partir de Gao, l’épicentre de la logistique militaire au Sahel, ne se fera pas en trois jours. Il faut compter selon plusieurs sources entre quatre et six mois.

Ensuite, il est hors de question de lâcher le Burkina Faso ou le Niger, deux pays voisins qui combattent aussi les djihadistes dans le désert. Le problème, c’est que la force européenne Takuba que la France souhaiterait voir monter en puissance n’est pas la bienvenue, en tout cas pas au Niger qui a déjà fait savoir qu’il n’en voulait pas. Selon nos informations, le « Monsieur Afrique » du Quai d’Orsay a rencontré début janvier la nouvelle ambassadrice du Niger pour tenter, entre autres, de réorienter la position nigérienne.

La troisième difficulté concerne les groupes terroristes qui très certainement vont tenter de reprendre du terrain face aux mercenaires de Wagner. Un départ à l’afghane, alors que la France prend la présidence du conseil de l’Union européenne, serait un très mauvais message. D’autant qu’Emmanuel Macron n’a cessé pendant cinq ans de promouvoir l’Europe de la Défense.

Des divergences de vues au sein même des forces armées maliennes

Alors qu’on attend à Paris l’arbitrage du président de la République, les combats sur le terrain se poursuivent. Selon nos informations, rien que ces cinq derniers jours, « Barkhane a mené quatre opérations dans la région des trois frontières, dont deux avec la force européenne Takuba », nous rapporte un haut-gradé. Des terroristes ont été neutralisés par des frappes de drone, des hélicoptères de combat ont été engagés ainsi qu’une centaine de soldats maliens.

Les Français ont le soucis d’associer les forces armées maliennes. Plus que jamais afin de reconquérir les cœurs car, selon nos informations, des dissensions commencent à naître dans les rangs maliens. Certains militaires estimeraient que l’alliance entre les mercenaires de Wagner et la junte leur a été cachée. Ces divergences de vue au sein même des forces armées maliennes pourraient, en l’absence de victoire opérationnelle claire dans les semaines à venir, « se transformer en grogne », entrevoit-on depuis Paris.

Le groupe russe de sécurité privée Wagner compte désormais, selon le renseignement militaire, plus de 450 hommes sur place. Le gros des troupes s’est transporté dans la région de Mopti au centre du pays et des instructeurs russes forment des Maliens pour piloter quatre hélicoptères Mi-171 livrés le 30 septembre dernier par Moscou. Les services français confirment par ailleurs l’intérêt très prononcé des Russes pour exploiter les mines dans le sud et le sud-est du Mali.

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